Je voulais juste que ça s’arrête

/!\ Ce tome est le troisième de la saga. Dans la suite de cette chronique, il y a donc de forte chance pour que je parle de choses qui se sont passées dans les tomes précédents dont tu peux lire mes avis ici

Si tu n’as pas lu les tomes précédents ou si tu ne les as pas finis, ne poursuis pas la lecture de cet article 🙂

Couverture du livre Je voulais juste que ça s'arrête de Jacqueline Sauvage

Date de parution : Janvier 2018

D’abord une histoire d’amour, comme il y en a tant d’autres. Mais très vite, les insultes, les coups, l’engrenage de la violence. L’homme avec lequel Jacqueline Sauvage s’est mariée à dix-sept ans transforme sa vie en enfer, régnant sur le foyer en véritable tyran. Leurs enfants, humiliées, frappés, terrorisés, ne sont pas épargnés. Tous partagent le même sentiment paralysant : la peur. Cette peur qui les empêche de partir ou encore de le dénoncer. Et puis il y a ce lundi 10 septembre 2012. Ce jour où Jacqueline commet l’irréparable. Trois coups de fusil. Le bourreau est mort. Le 28 décembre 2016, François Hollande a gracié Jacqueline Sauvage. Après des décennies de silence, Jacqueline prend la parole. Pour toutes les femmes prises au piège de la violence conjugale.

Elle qui est devenue le symbole des victimes de violences conjugales, mais a longtemps peiné à dire sa vérité, se raconte dans un livre poignant.

POURQUOI J'AI EU ENVIE DE LE LIRE ?

Comme beaucoup de monde, je connais cette histoire parce que j’en ai entendu dans les médias. Je sais qu’il y a un téléfilm (qui est, apparement, génial) avec Muriel Robin, mais je ne l’ai pas vu.

Ce livre a été présenté sur Entre2Livres, c’est aussi ce qui m’a donné envie de le lire.

CE QUE J'EN AI PENSÉ

En général j’évite les autobiographies parce que je suis trop sensible. Que ce soit dans un film, une série ou un livre, je m’attache assez facilement aux personnages et je me laisse vite emportée, étant totalement immergée dans l’histoire. Du coup j’appréhende un peu cette lecture, j’ai peur de trop m’impliquer émotionnellement dedans.

Au fil de ma lecture

La préface est écrite par les 2 avocates qui ont représenté Jacqueline lors de son second procès et jusqu’à sa libération. Celle-ci présente le contexte de l’affaire, les nombreux appels, les nombreux refus de libération. Jacqueline Sauvage a subi des services psychologiques et physiques par son mari durant 47 ans. A cause de ce climat hostile, son fils s’est suicidé. Ses filles ont été abusées et violées par leur père. On lui reproche d’avoir joué un rôle dans le « fonctionnement pathologique de son couple« . Cette préface me met en colère. Je ne me souvenais pas en détail de cette affaire. Ça m’énerve que la seule victime reconnue ici soit son mari décédé. Oui, elle lui a tiré 3 balles dans le dos. Oui elle était armée, lui non et il ne lui faisait même pas face. Mais elle le connaissait. Et ce soir-là, il était différent, il avait ce regard… Alors oui, on ne sait pas ce qui aurait pu se passer. Peut-être rien. Mais quand quelqu’un te fait peur pendant quasiment toute ta vie (47 ans sur 60 ans d’existence), que tu sens qu’un truc cloche, qu’une « occasion » se présente, tu sautes dessus… Malheureusement, n’ayant plus l’habitude de côtoyer du monde, Jacqueline a subi ses procès et a, à chaque fois, été impressionnée par les juges, jurés, et. Elle n’a jamais su dire ce qu’elle avait sur le coeur, elle n’a jamais su trouver les mots pour dire tout ça.

Elle est finalement graciée par le président de la République de l’époque, François Hollande et elle est libre fin décembre 2016.

Ne pas ouvrir si tu as l'intention de lire le livre

Une fois le prologue fini, on démarre l’histoire avec Jacqueline, sous forme de journal, qui commence en prison le 13 septembre 2012.

Oh ! En fait, son fils s’est suicidé le samedi 8 septembre 2012. Elle a tué son mari le 10 septembre 2012. Je crois que c’est un tout qui a fait qu’elle n’en pouvait plus et a craqué.

En fait, lors de son premier jour en prison, elle se rend compte de ce qu’elle a fait mais ne culpabilise pas du tout. Pour elle, elle a agi pour se sauver elle-même et ses filles. En fait, elle s’en veut surtout de ne pas avoir su protéger ses enfants, en particulier son fils qui est mort. C’est d’ailleurs surtout a ce qu’elle pense : le suicide de Pascal.

Nous voilà ensuite 25 mois plus tard, en octobre 2014. On assiste à son premier jour de procès. Libre depuis avril 2014, elle redoute de retourner en prison. Jacqueline est mal à l’aise devant tous ces gens qui la regardent, qui la jaugent. Mais ce qu’elle redoute le plus, c’est de voir ses filles devoir raconter devant tout le monde qu’elles ont été violées par leur père et de les voir revivre les supplices qu’il leur a fait connaître. Une fois encore c’est à ses enfants qu’elle pense et pas à elle.

Régulièrement au cours du livre ont fait des bonds dans le passé. En fait, les questions posées lui font se souvenir. Elle nous raconte, à nous, ce qu’elle n’arrive pas à dire à voix haute.

Jacqueline Sauvage a eu une enfance heureuse, aimée par ses parents et chouchoutée par ses 7 frères. A aucun moment elle n’était prédestiné à vivre l’enfer. Cela dit, déjà enfant, elle gardait pour elle ses sentiments, ses émotions (c’est peut être grâce à ça qu’elle a survécu aux coups de son mari pendant 47 ans). En réalité, elle n’a jamais su exprimer ce qu’elle ressentait. Devant les juges, elle a du mal à raconter son enfance heureuse. Elle la leur explique en 7 malheureuses petites phrases…

Lors du deuxième jour de procès, les juges posent des questions à Jacqueline sur sa rencontre avec son mari. Elle a rencontré Norbert quand elle avait 16 ans. Elle en était folle amoureuse. Lui n’était pas le mec le plus fréquentable. Ses parents ne savaient plus quoi faire pour le remettre sur le droit chemin. Après avoir usé (et abusé) de correction, de martinet, etc, ils l’envoient en maison de redressements. C’est à sa sortie que Jacqueline le rentre. Beau, brun, fort, ténébreux. A 16 ans, il donne l’impression d’avoir vécu 1000 vies, d’être un homme, un vrai. Dire que tout ça lui confère une sorte d’aura de protecteur. Tsss… Déjà a l’époque, il n’arrivait pas à garder un boulot parce qu’il était trop fainéant, trop bagarreur, pas assez discipliné. Jacqueline le voyait en cachette. Ni ses parents ni ses frères ne savaient qu’elle le fréquentait (ils n’auraient pas accepté qu’elle soit avec quelqu’un comme lui). Rolala… Quand on est amoureux on ne voit vraiment que le bon chez la personne :/ Si elle avait su…

Déjà à l’époque, en 63, des gens l’avaient mise en garde : c’était connu que Norbert pouvait parfois se montrer violent envers les filles. Mais amoureuse, elle n’avait rien voulu croire/entendre.

2 ans plus tard, à 17 ans, elle tombe enceinte. Une fois encore sa famille la pousse à quitter Marot. Mais Jacqueline aime éperdument le père de son enfant et n’entend rien…

Plus d’une fois ses frères ont tenté de faire barrage parce qu’ils ne « sentaient » pas Norbert. Toute sa famille s’est opposée à leur union. Même l’une des soeurs de Norbert lui a déconseillé de le faire. L’amour a été plus fort que tout…

Pour protéger Jacqueline, ses frère leurs ont fait signer, à elle et Norbert, un contrat de mariage. Leur père avait fait construire une petite maison au nom de son unique fille. Ainsi, malgré le mariage, le bien resterait au nom des Sauvage. Ça n’a pas plu à Norbert ni à sa famille qui a rejeté Jacqueline. D’ailleurs, ça a été l’élément déclencheur d’une « guerre » entre Morot et Sauvage. Son mari n’a pas cessé de lui reprocher ce contrat…

C’est vraiment compliqué les violences conjugales. La personne violente dans le couple a un emprise tellement forte sur la « victime » qu’elle arrive, en un claquement de doigt à lui faire « oublier » ce qu’elle vient de faire, à faire en sorte qu’on l’aime toujours. Malgré la violence, Jacqueline aimait Norbert. Malgré le fait que toute sa famille la pousse à partir, elle restait, par amour. Et pourtant tout ça a commencé bien tôt, dès la naissance de leur premier enfant, quelques mois à peine après leur mariage, même si ce n’était que des paroles dures ou encore des coups sur sa moto, dans les murs. Même après la naissance de leur seconde fille en juin 66, personne ne subissait encore la colère physique de Norbert. Mais ça ne tardera pas. Au retour d’un dîner avec des amis pour lequel Jacqueline s’était pomponnée, le premier coup tombe : une gifle. Morot est jaloux. Il se pavanait devant leurs amis quand ils ont dit que sa femme avait une jolie robe, mais au fond de lui, il bouillonnait… il l’a traitée de pute qui voulait faire la belle, etc… et ça marche ! Jacqueline le croit et culpabilise de l’avoir rendu jaloux ! Et c’est là que commence la manipulation. Il la terrorise, l’humilie, la bat. Et à chaque fois, il a une bonne excuse (son enfance malheureuse, le fait qu’elle l’ait blessé en aguichant les hommes, sa jalousie, etc.). Et Jacqueline finit par y croire, par tout croire.

En novembre 70, 23 mois après la naissance de Pascale, Sylvie vient au monde. C’est l’occasion pour la famille de déménager dans un pavillon qu’ils ont fait construire à la Selle-Sur-le-Bied. La mère de Jacqueline l’aidait beaucoup dans sa vie de tous les jours : pour les repas, pour les devoirs, elle gardait parfois les enfants, etc. Pour Norbert, elle était trop présente, trop envahissante. Ce déménagement était l’occasion de s’en débarrasser, de ne plus avoir de témoin de ces colères. En plus de sa mère, il dit à Jacqueline que pour qu’ils soient enfin heureux dans cette nouvelle maison, elle ne doit plus jamais revoir ses frères. Il lui fait croire que c’est à cause d’eux que ça ne va pas dans leur couple, que ce sont eux qui l’ont monté contre lui. Jacqueline doute et finit par y croire.

La voilà à présent coupée de sa famille, puis des voisins. Elle est seule, avec lui et ses enfants. Néanmoins, ils arrivent à avoir un peu de “repos” : Norbert est devenu routier. Il part donc de la maison le lundi matin et ne revient que le vendredi soir. C’est un peu les vacances pour Jacqueline et les enfants qui, en semaine, vivent une vie à peu près normale. Mais les week-end sont angoissants, chacun a peur de faire le petit truc qui va faire entrer le père dans une colère.

C’est hallucinant quand même : pendant le procès, on lui pose une question qui me fait débloquer : « parlez nous de ces violences que vous prétendez avoir subies…« . Non mais c’est quoi ça ? Les coups, les bleus, les témoignages de ses enfants, etc. C’est pas assez réel ? « Prétendez »… Les gens ne la croient pas ? En fait durant tout le procès, pas un seul moment on ne considère qu’elle a agi en légitime défense. C’est son procès : on juge son comportement, son caractère, les actions de toute sa vie. Mais on ne prend pas en compte celle de son mari, de la « victime ». Après, c’est vrai que Jacqueline est tellement mal à l’aise (quand tu as été coupée du monde pendant des années et que là, des dizaines de regards sont braqués sur toi c’est pas évident à gérer) et a tellement tout gardé pour elle toute sa vie qu’elle n’arrive pas à raconter ce qu’elle a vécu et se contente de quelques mots à chaque fois. Nous on sait ce qui se passe, ce qu’elle a vécu au travers des flash-back décrits dans le livre. Mais durant le procès, les gens ne savent pas tout ça.

Après celui-ci qui a duré 3 jours, Jacqueline est condamnée à 10 ans de prison. Elle est enfermée au centre pénitentiaire d’Orléans. Son appel ainsi qu’une demande de liberté conditionnelle (assignation à domicile + bracelet électronique) lui sont refusés. Apparemment c’est une personne violente et dangereuse pour la société…

En décembre 2014, sa fille Sylvie rencontre 2 avocates, Nathalie Tomasini et Janine Bonagguinta, engagées dans la lutte contre les violences intra-familiales.

En janvier 2915, Jacqueline les rencontre pour la première fois. Peu à peu, au fil des rencontres, la confiance s’installe. Jacqueline se dévoile et leur raconte son histoire, sans filtre.

Ensemble, et aidées de ses filles, elles vont faire une demande d’un second procès qui aura lieu en décembre de la même année. Cette fois elle comparaît coupable et est jugée pour meutre avec préméditation.

Nouveau flash-back. Norbert en avait marre de devoir obéir à un patron. Il a décidé de créer sa propre entreprise. Le voilà de retour 7 jours sur 7 à la maison qui ne vit plus qu’au rythme du maître. Jour après jour, il se montre odieux avec les voisins, ce qui fait que les Marot sont devenus de véritables parias au sein de leur village. Les voilà seuls. Norbert peut faire tout ce qu’il veut sans être gêné…

Il a violé chacune de ses filles qui, une trentaine d’années plus tard, vont devoir raconter tout ça devant des inconnus. Fabienne, la cadette, a été violée durant son sommeil à 15 ans et demi. Elle a fugué à 17 ans pendant plusieurs mois. Durant cette période, elle racontait à tout le monde qu’elle était partie à cause de son père, qu’il l’avait touchée. Jacqueline n’y croyait pas. Ok, il les battait, il était violent, mais pour elle, jamais il n’aurait pu toucher ses filles. Jamais.

Sa fille est retrouvée et raconte tout aux gendarmes, elle fait même une déposition. Néanmoins quand son père arrive hors de lui, hurle et tambourine à la porte, elle prend peur et détruit sa déposition. Elle ne portera pas plainte. D’ailleurs quand sa mère lui demande si c’est vrai, elle nie, disant que c’était des mensonges. A la barre pourtant, elle raconte tout. Et malgré tout, la présidente de la cour ne la croit pas. Idem pour Carole.

Note : apparement, lors du procès en 2015, l’inceste n’était pas dans le code pénal. Il n’y est apparu qu’en 2016.

Les 2 filles aînées, Carole et Sylvie, ont quitté la maison à 18 ans, dès qu’elles ont pu. Pour Fabienne et Pascal en revanche, ce n’était pas le cas. Tous les 2 étaient dans l’entreprise familiale (et conduisaient les camions Marot) et surtout, ils ne voulaient pas laisser leur mère seule. Cependant, les colères du père étant de plus en plus longues depuis le départ des enfants. Jacqueline était à bout de force.

Ça a été de pire en pire, surtout quand les enfants se sont rebellés, quand ils l’ont menacé de tout dévoiler, de porter plainte.

On découvre les derniers mois de vie de Norbert. Clairement, il avait pète un plomb. Le jour où Jacqueline l’a tué c’était elle ou lui.

Lors du procès, ses 2 avocates mettent bien ce point en avant : les femmes battues, sous l’emprise de leur mari, ne se réveillent que bien trop tard. Jacqueline avait réussi à se réveiller un peu avant. Cela dit, aucun expert n’est venu confirmer tout ça au procès ; il n’était pas assez payé par le tribunal. Malheureusement, c’est probablement ce qui va causer le retour en prison de Jacqueline.

Fiou ! La fin est bouleversante. Un appel. Une grâce partielle. Un autre appel refusé. En fait, Jacqueline a subi un acharnement de la justice qui n’a rien voulu entendre des coups, des viols, des conclusions des experts. Elle voulait juste voir Jacqueline Sauvage, celle qui avait tant fait parler d’elle dans les médias, derrière les barreaux. Heureusement que ses filles et avocates n’ont rien lâché. Finalement, cette affaire se termine bien, malgré 4 ans passés en prison pour avoir sauvé sa vie.

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En conclusion

Wah… Ce livre est bouleversant et révoltant. C’est toujours compliqué les histoires de violences conjugales parce que, bien souvent, les victimes sont tellement manipulées, tellement régie par la peur, que tu n’arrives pas à leur faire prendre conscience que ce qui leur arrive n’est pas normal, qu’elles doivent agir.

C’est ce qui s’est passé avec Jacqueline Sauvage qui, malgré les « alertes » de sa famille, n’a jamais su quitter son mari.

On revit ici son procès ou plutôt ses procès. Chaque question, chaque témoignage fait ressurgir des souvenirs qu’elle nous raconte. On comprend, on découvre, on sait. Malheureusement pour elle, elle est incapable de dire tout haut, dans le tribunal tout ce qu’elle nous écrit. Elle passera 4 ans en prison et subira plusieurs procès, plusieurs appels. A chaque fois, elle sera condamnée, on ne croira pas son histoire ni celles de ses filles.

A force d’acharnement et de persévérance elle finira par être totalement graciée par le Président de la République, une grâce plus que justifiée. C’était elle ou son mari qui y restait ce soir-là. Heureusement pour elle, elle s’est réveillée avant qu’il ne soit trop tard (comme c’est bien trop souvent le cas dans les histoires de femmes battues).

Ce livre est poignant et se dévore. Mais j’avoue qu’il m’a aussi souvent agacée à cause de la réaction des juges… En tout cas, je le conseille et je vais essayer de voir le téléfilm a présent.

OÙ LE TROUVER ?

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